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Le corps a-t-il toujours eu sa place en thérapie ?

servatcoaching
il y a 5 jours
6 min de lecture

Aujourd'hui, parler du corps en psychothérapie peut sembler relativement nouveau.

On parle de respiration, de sensations, de posture, de mouvement, de régulation émotionnelle ou encore de conscience corporelle. Pourtant, l'idée que notre vie psychique et notre expérience corporelle sont profondément liées est loin d'être nouvelle.

Depuis des siècles, philosophes, médecins et thérapeutes cherchent à comprendre cette relation.

Alors, comment le corps a-t-il retrouvé une place dans la psychothérapie ?


Une histoire ancienne du lien entre corps et esprit

Bien avant la naissance de la psychologie moderne, différentes traditions considéraient déjà le corps comme une dimension essentielle de l'expérience humaine.

Dans le taoïsme, par exemple, le corps est envisagé comme un système vivant en interaction permanente avec son environnement. Le yoga associe depuis longtemps postures, respiration et méditation dans une recherche d'unification du corps, de l'esprit et de l'expérience intérieure.

Dans la philosophie occidentale également, cette question traverse les siècles.

Héraclite insiste sur le caractère profondément changeant de la réalité et sur la nécessité de composer avec ce mouvement permanent. Plus tard, Spinoza pense le corps et la pensée comme deux dimensions liées de notre existence plutôt que comme deux réalités totalement séparées.

Ces réflexions sont anciennes, mais elles posent une question qui reste très actuelle :

peut-on vraiment comprendre ce que nous vivons sans tenir compte de notre corps ?


Le développement de la médecine et la découverte de l'organisme

Au XIXe siècle, les sciences du vivant commencent à considérer le corps comme un ensemble de systèmes interdépendants.

Claude Bernard développe notamment l'idée que l'organisme cherche à maintenir un équilibre de son milieu intérieur. Quelques décennies plus tard, Walter Cannon introduit le concept d'homéostasie et étudie les réactions physiologiques associées aux émotions et au stress.

Nous commençons alors à mieux comprendre que notre organisme ne reste pas passif face à ce que nous vivons.

Lorsque nous avons peur, sommes sous pression ou devons faire face à une menace, notre corps se mobilise.

Le cœur peut accélérer.La respiration peut changer.Les muscles peuvent se tendre. L'attention se focalise.

Une partie de ces réactions se produit sans que nous ayons besoin de les décider consciemment.

Cette compréhension va progressivement influencer la manière dont nous pensons le stress et les émotions.


Freud : l'inconscient, mais aussi le corps

Au début du XXe siècle, Freud place l'inconscient au centre de la compréhension de la vie psychique.

La psychanalyse se développe principalement autour de la parole, de l'écoute et de la relation entre le patient et le thérapeute. Mais le corps n'est jamais totalement absent de cette histoire.

La libido est pensée comme une force qui s'exprime à travers le corps, et certains psychanalystes commencent également à s'intéresser aux manifestations corporelles de l'angoisse et aux liens entre respiration et état émotionnel.

Puis Wilhelm Reich va donner au corps une place beaucoup plus centrale.


Reich et l'idée d'une « cuirasse » corporelle

Pour Reich, le corps et la psyché constituent un ensemble. Il observe notamment comment certaines tensions musculaires peuvent être associées à des mécanismes de défense et à la manière dont une personne tente de contenir ou de réprimer certaines émotions.

Il développe alors la notion de « cuirasse caractérielle » : une organisation corporelle et psychique qui peut se construire au fil de l'expérience.

Cette idée va fortement influencer le développement ultérieur des psychothérapies corporelles.

Il est important cependant de distinguer l'histoire d'une approche de ce que la recherche scientifique contemporaine établit aujourd'hui. Certaines théories de Reich, notamment autour de « l'orgone », appartiennent à l'histoire des psychothérapies corporelles et ne constituent pas un modèle scientifique contemporain.

Mais son intuition générale — que notre manière de vivre et de nous défendre peut aussi s'exprimer corporellement — aura une influence durable sur ce courant.


Les psychothérapies humanistes redonnent une place à l'expérience

À partir des années 1950, les psychothérapies humanistes contribuent à déplacer le regard.

Carl Rogers, Abraham Maslow et Fritz Perls accordent davantage d'importance à l'expérience vécue, aux émotions, à la présence et à la relation.

Avec la Gestalt-thérapie notamment, l'attention se porte sur ce qui se passe ici et maintenant.

Que ressentez-vous ?

Comment votre corps réagit-il ?

Que se passe-t-il dans votre relation avec l'autre ?

Que remarquez-vous lorsque vous ralentissez suffisamment pour être attentif à votre expérience ?

Le corps n'est alors plus simplement quelque chose que le thérapeute observe.

Il devient une porte d'accès à l'expérience.


Une multitude de psychothérapies corporelles

À partir des années 1960 et 1970, différentes approches vont explorer plus directement les liens entre corps, émotions et psychisme.

Bioénergie, Biosynthèse, Psychologie Biodynamique, Core Energetics ou encore Intégration Posturale développent des pratiques et des théories différentes. Il ne s'agit donc pas d'une méthode unique, ni d'une théorie unifiée.

L'Intégration Posturale a notamment été développée par Jack Painter, qui avait étudié différentes approches, parmi lesquelles l'Intégration Structurelle d'Ida Rolf, la Gestalt-thérapie et la thérapie reichienne.

Cette histoire explique pourquoi la psychothérapie psychocorporelle actuelle est à la fois plurielle, intégrative et en évolution.


Et les neurosciences ?

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les recherches en neurosciences ont apporté de nouveaux éclairages sur les relations entre cerveau, corps, apprentissage et expérience émotionnelle.

Les travaux sur la plasticité cérébrale, la mémoire implicite et la régulation entre les personnes ont notamment contribué à mieux comprendre comment nos expériences peuvent influencer nos réponses corporelles et émotionnelles. Voir notamment les travaux de Hebb, Daniel Stern et Bessel van der Kolk.

Cela ne signifie pas pour autant que chaque sensation corporelle possède une signification cachée.

Une tension dans les épaules, par exemple, peut avoir de nombreuses causes.

Le corps n'est pas un dictionnaire que le thérapeute serait chargé de traduire.

Il constitue plutôt un point d'entrée possible vers l'expérience de la personne.


Aujourd'hui : écouter le corps sans lui faire dire n'importe quoi

C'est probablement l'une des évolutions les plus importantes.

Une psychothérapie psychocorporelle ne consiste pas à chercher automatiquement une explication psychologique derrière chaque douleur, chaque posture ou chaque sensation.

Elle consiste plutôt à porter attention à ce qui se passe ici et maintenant, dans le corps, dans les émotions, dans les pensées et dans la relation.

Dans l'Intégration Posturale Psychothérapeutique, l'objectif est notamment d'aider la personne à développer sa propre compréhension de ce qui se passe en elle et ses capacités de régulation, d'adaptation, d'autonomie et de choix.

Le corps n'est donc pas quelque chose que l'on cherche simplement à « corriger ».

Il peut devenir une expérience à écouter.

Parfois, cela commence par une question très simple :

Qu'est-ce que je ressens dans mon corps, maintenant ?

Puis :

Qu'est-ce qui change lorsque je respire, lorsque je ralentis, lorsque je bouge ou lorsque je reste immobile ?

Ces questions ne donnent pas nécessairement une réponse immédiate.

Mais elles peuvent ouvrir un espace nouveau pour observer ce que nous vivons.


Et le toucher ?

Certaines formes de psychothérapie psychocorporelle peuvent également intégrer le toucher.

C'est un sujet qui demande une attention particulière.

Dans l'approche que je pratique, le toucher est complémentaire et non systématique. Il ne remplace ni la parole ni la relation thérapeutique et ne peut être proposé qu'avec un cadre explicite et le consentement de la personne.

La personne reste libre de dire non, de demander une pause ou d'arrêter un exercice à tout moment.

La question n'est donc pas :

« Comment utiliser le corps pour faire davantage de choses en thérapie ? »

Mais plutôt :

« Qu'est-ce qui peut soutenir cette personne, ici et maintenant ? »


Le corps et la psyché : deux dimensions d'une même expérience

L'histoire des psychothérapies corporelles ne raconte finalement pas le remplacement de la parole par le corps.

Elle raconte plutôt un élargissement du regard.

Nous ne sommes pas seulement nos pensées.

Nous ne sommes pas seulement nos émotions.

Et nous ne sommes pas seulement notre corps.

Nous sommes une personne qui pense, ressent, agit, entre en relation et s'adapte en permanence à son environnement.

C'est dans cette perspective que j'aborde aujourd'hui la psychothérapie psychocorporelle et relationnelle : en donnant une place à la parole, au corps et à la relation, sans chercher à réduire l'expérience d'une personne à une seule explication.



Et si vous souhaitez explorer cette approche

Si vous avez le sentiment d'être souvent en tension, déconnecté de votre corps, submergé par vos émotions ou confronté à des difficultés qui résistent à la seule compréhension intellectuelle, une approche psychocorporelle peut être une piste à explorer.

Je propose des consultations à Paris 10ᵉ et en visioconférence, en français et en anglais.

Je vous propose un échange téléphonique gratuit de 20 minutes pour répondre à vos questions et voir si mon approche correspond à vos besoins.


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